Ils sont mal payés et l’objet de toutes sortes de chantage. Ils murmurent et grognent. Ils espèrent être entendus par le Président Ouattara.

Ceux qui sont dans la psychose du complot permanent devraient s’interroger sérieusement sur les écrits de Chris Yapi. Il ne faut pas voir le diable partout. Le Président de la République gagnerait à voir dans ses écrits des alertes, car certains membres de son entourage lui causent grand tort. Ce sont eux qui sont inquiets plus que tout des révélations et des enquêtes que je produis. Puisque, habitués qu’ils sont, mais pour leur propre intérêt, à mettre tant d’énergie sous prétexte de protéger le Président de lui-même, à cogner et à semer la division au sein de son pré carré. Ne tardons pas. Je vous livre la dernière enquête du jour.

Un vent de révolte souffle sur la garde présidentielle ivoirienne. Les soldats membres de l’unité d’élite chargée de la sécurité du Président de la République sont en colère et l’ont fait savoir à Chris Yapi. Bien sûr, l’objectif de tout soldat qui s’engage pour la première fois dans l’armée est de servir son pays et d’honorer son drapeau.

Toutefois, la satisfaction ultime, c’est de se voir affecté au sein du prestigieux Groupement de Sécurité du Président de la République, le GSPR. Pour le soldat, le GSPR est considéré comme le Saint Graal. En effet, il s’agit de protéger le premier des Ivoiriens, mais c’est aussi de voir reconnaître son talent militaire et son expertise dans les sciences du combat. Cette force spéciale est aujourd’hui commandée par le Colonel-major Ibrahim Gon-Coulibaly dit Gauze, le petit frère du Premier ministre Amadou Gon-Coulibaly. Le GSPR est composé de plusieurs unités, dont :

− La Garde rapprochée commandée par le Capitaine Koné Ibrahim

− L’Unité d’Intervention Rapide commandée (UIR) par le Lieutenant-colonel Dao Moulaye

− L’Unité de renseignement (GIS) dirigée par le Commissaire de police Camara Bakary

− L’Unité logistique.

Cette force a été créée pour constituer un bouclier humain autour du Président de la République en cas de crise ou d’attentat contre lui. Le GSPR ne dépend pas du ministère de la Défense. Il dépend directement du Président de la République. Au concret, le Commandant du GSPR est sous l’autorité du Chef d’État-major particulier du Président de la République, en l’espèce, le Colonel-major Bakary Diarrassouba. Ici, la parenté du Colonel-major Gauze avec le Premier ministre en fait un personnage puissant qui ne répond que du Président de la République. D’ailleurs, Amadou Gon-Coulibaly lui avait promis qu’il aurait ses galons de Général de gendarmerie en 2020, mais le coronavirus est venu retarder les choses. Néanmoins, ça ne saurait tarder. Malheureusement, cette force de sécurité d’élite est gangrenée par la corruption, le clientélisme et les abus dont souffrent ses éléments. Ils sont gagnés par le découragement et ont décidé aujourd’hui de le faire savoir au monde.

Avant l’arrivée au pouvoir d’Alassane Ouattara, les soldats du GSPR qui accompagnaient le Président de la République en mission hors du pays percevaient un per diem de 150 000 FCFA par jour, comme prime de mission extérieure. Ces frais de mission étaient payés rubis sur ongle, avant que les soldats n’embarquent pour leur destination. Pour les missions à l’intérieur de la Côte d’Ivoire, ils touchaient un per diem quotidien de 20 000 FCFA, ce qui leur permettait de manger trois fois par jour. C’était ainsi chaque fois que les membres de l’ancienne équipe accompagnaient le Président Laurent Gbagbo dans ses séjours à Yamoussoukro ou à Mama. C’est également la même prime de 20 000 FCFA par jour qui était payée à tous les soldats lors des visites d’État du Président de la République à l’intérieur du pays.

Au sein du GSPR, il y a une prime que l’on appelle « oiseau a chié ». C’est une prime forfaitaire qu’un Chef d’État donne à titre de libéralité aux éléments qui sacrifient leurs vies de famille et abandonnent tout pour le suivre dans ses déplacements. À chaque élément, le Président Laurent Gbagbo donnait 100 000 FCFA au titre de « oiseau a chié ». Ainsi, après avoir dépensé ses frais de mission pour se nourrir, le soldat pouvait avoir quelque chose pour acheter un cadeau à sa famille à son retour.

De plus, en raison des risques encourus quotidiennement et de leur haute spécialisation militaire, chaque élément du GSPR perçoit, depuis la création de cette force, une prime mensuelle de 200 000 FCFA. Cette prime spéciale est liée aux risques inhérents à leur métier et c’est le cas dans toutes les gardes présidentielles à travers le monde.

Quand le Président Alassane Ouattara est arrivé, la galère a également fait son entrée dans cette unité. La corruption s’y est installée, le clientélisme aussi. Quand ADO et le Général Diomandé Vagondo sont arrivés au palais, la prime mensuelle de 200 000 FCFA a été maintenue, mais chaque mois, 5 000 FCFA sont prélevés de cet argent, pour dit-on « constituer une caisse ». Jamais le montant de cette caisse ni son utilisation n’ont été révélés aux soldats. Au départ du Général Vagondo au ministère de la Sécurité, le Colonel-major Gon-Coulibaly dit Gauze qui l’a remplacé à la tête du GSPR, a continué la même pratique, celle de retenir 5 000 FCFA sur les primes des soldats. Puis, les malversations se sont même généralisées.

En effet, les soldats en colère disent que pour les missions à l’intérieur de la Côte d’Ivoire, ils ne perçoivent jamais l’intégralité de leurs per diem de 20 000 FCFA par jour. Ils sont victimes d’une double injustice. D’abord, contrairement à ce qui se faisait au temps du Président Gbagbo, sous ADO les primes ne sont pas payées avant la mission. Donc, les soldats vont sur le terrain avec zéro franc dans leurs poches et doivent se débrouiller pour manger sur place. Certains éléments sont ainsi obligés de manger à crédit.

C’est souvent un mois après la mission que l’argent leur est versé. Ensuite, quand on les appelle pour se rendre chez l’Adjudant Zié au Service de comptabilité du GSPR pour percevoir leurs frais de mission, ils ont toujours la désagréable surprise de constater que le nombre de jours effectués en mission n’est jamais intégralement payé. Par exemple, quand vous avez effectué une mission de sept (7) jours, l’Adjudant Zié ne vous paye que quatre (4) ou cinq (5) jours. Alors, plusieurs questions se posent :

Où part le reste de leur argent ?

Est-ce l’Adjudant Zié, chargé de payer les primes mensuelles, de retenir les 5 000 FCFA sur lesdites primes et de rembourser les frais de mission, qui détourne cet argent ?

Peut-il le faire, depuis toutes ces années, sans que les chefs n’en soient informés ?

Agit-il pour le compte de ses supérieurs ou de connivence avec d’autres employés ?

C’est la même chose pour les visites d’État à l’intérieur du pays pour lesquelles tous les éléments doivent percevoir 20 000 FCFA par jour. Mais, comme pour les visites simples, cet argent n’est jamais payé avant le début de la mission et le nombre de jours passés sur le terrain n’est jamais correctement comptabilisé. Une chose est certaine, les soldats sont de plus en plus mécontents et tiennent à le faire savoir.

Même les primes de mission effectuées à l’extérieur de la Côte d’Ivoire ne sont pas épargnées par ces coupeurs de route présidentiels. D’abord, le Président Ouattara lui-même, dès son arrivée, a décidé de diminuer cette prime. Alors que le Président Gbagbo payait 150 000 FCFA par jour, ADO a décidé de ne payer que 120 000 FCFA. Là encore, les frais de mission extérieure ne sont jamais intégralement payés. Un soldat qui s’est confié à Chris Yapi a révélé : « lorsqu’on récupère nos ordres de mission chez Mme Nadine Gnéba chargée de valider tout ce qui est document administratif, on voit le montant total de nos primes au bas de la feuille. Mais, quand on se rend à la comptabilité du GSPR, ils barrent le montant écrit par Mme Gnéba avec un bic rouge et avec un bic bleu, ils écrivent le montant réel qu’ils vont te payer. En plus, tu n’as pas le droit de te plaindre, sinon c’est la prison et le renvoi. Donc, si tu vas en mission pour 10 jours, tu touches l’argent de 6 ou 7 jours ».

Même la prime « oiseau a chié », qui est une manifestation de la générosité du Président envers sa garde, a été diminuée par ADO. Ainsi, chaque fois que le Président passe ses week-ends à Assinie, il fait remettre 30 000 FCFA à chaque soldat afin que ces derniers puissent manger et les chefs de service sont chargés de payer leurs éléments. Sous le Président Laurent Gbagbo, c’était 100 000 FCFA qui étaient remis à chaque élément. Mais là encore, la malhonnêteté intervient et les éléments de la sécurité présidentielle sont divisés par leurs chefs. Les conducteurs de la sécurité présidentielle eux, ils touchent bien leurs 30 000 FCFA de « oiseau a chié ». Mais les membres des autres unités, notamment ceux de la sécurité rapprochée ou ceux de l’unité d’Intervention Rapide (UIR), ne perçoivent rien. Les chefs gardent tout. Les conducteurs touchent leur argent parce qu’ils sont en contact direct avec le Président et ont souvent tendance à grogner ou à parler avec lui. Mais les autres à qui le Président ne parle pas, eux ne touchent rien !

Cette situation créée par le Général Vagondo perdure sous le Colonel Gon-Coulibaly et divise profondément la garde présidentielle. En plus de ces indélicatesses sur l’argent des soldats, il y a le problème du clientélisme qui déchire cette prestigieuse unité. Pour pouvoir faire partie des missions présidentielles à l’extérieur du pays, c’est un vrai championnat. Il faut être un lèche-botte ou un « bon petit » du Colonel Gon-Coulibaly. « Si tu n’as pas de lien avec lui, genre, vous êtes de la même région ou si tu n’es pas un de ses bons petits, tu ne vas jamais aller en mission » nous a confié notre source. Pour pouvoir bénéficier de certains autres avantages tels les prêts scolaires, les prises en charge médicales, etc., il faut être un bon petit du Colonel Gauze ou être affecté à la sécurité du Colonel Diarrassouba ou encore à celle des docteurs Diaby et Cissé de la Présidence. C’est seulement les soldats qui leur sont rattachés qui bénéficient de ces avantages et cela crée des frustrations dans le reste de cette unité.

Au-delà de ces frustrations quotidiennes et des petites mesquineries qu’ils vivent chaque jour, la sécurité du Président de la République en veut profondément à ses chefs pour l’affaire des primes liées aux mutineries de mai 2017. On se souvient tous qu’en mai 2017, la quatrième mutinerie militaire conduite par les soldats du contingent 8 400 avait failli emporter ADO. Le Président avait décidé de faire un bras de fer avec les mutins, mais il a perdu la partie. Il a donc été obligé de payer les primes de guerre qu’il avait promises aux soldats. Ainsi, les sergents des 8 400 avaient obtenu le reliquat des 17 millions de FCFA qui leur avaient été promis.

Après le paiement de cette somme à de simples soldats, les éléments des Forces spéciales sont aussi entrés en mutinerie. Le Président leur a versé 6.5 millions de FCFA à chacun et le pire a été évité.

Pour les soldats membres de sa sécurité rapprochée et à ceux de l’Unité d’Intervention Rapide, il a fait débloquer 6.5 millions de CFA pour chaque homme. Mais, les soldats du GSPR sont formels : ils n’ont rien reçu de cet argent. Par loyauté envers le Président, ils n’ont pas osé prendre les armes comme leurs camarades des Forces spéciales pour réclamer leur dû. Néanmoins, ils ont la certitude que : « le groupe du Général Vagondo, du Colonel Diarrassouba, du Colonel Gon-Coulibaly et de Photocopie a bloqué tout sur leurs comptes personnels sans rien donner aux éléments » comme le jure notre source.

Toutes ces frustrations font que les soldats de la garde présidentielle sont de plus en plus démotivés et ne sont plus prêts à risquer leurs vies. Ils ne veulent pas être enviés par leurs camarades et vivre une vie de misère, pendant que leurs chefs s’engraissent. Certains d’entre eux ont démissionné du GSPR pour rejoindre d’autres unités. Beaucoup sont allés s’inscrire au programme de départ anticipé à la retraite, qui permettait de quitter définitivement l’armée contre le paiement d’une prime de départ de 15 millions de FCFA. Ceux qui restent travaillent désormais à contrecœur, révoltés contre leurs chefs, déçus de l’avarice d’Alassane Ouattara et dégoûtés du clientélisme et du favoritisme qui règnent désormais au sein du GSPR.

Le Président est-il informé de cette situation rien n’est moins sûr. Pourtant, il devrait y prêter l’oreille, car les soldats murmurent. Le dernier fait en date est qu’ils ont été fort surpris de s’entendre dire par leurs supérieurs qu’ils ne sont pas concernés par les primes Covid-19 promises par le Premier ministre Amadou Gon à la télévision, comme s’ils n’étaient pas susceptibles de choper le virus. Les éléments du GSPR ne sont pas contents et ils veulent le faire savoir au Président de la République. Certains se demandent si le Président attend qu’eux aussi se mutinent comme les Forces spéciales pour que leurs murmures soient entendus.

Affaire à suivre …

CHRIS YAPI NE MENT PAS

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