A l’occasion de Septembre en or, le mois international des cancers de l’enfant, le Président fondateur de l’ONG Aline, une organisation de lutte contre les cancers de l’enfant, Alain Damien Yapo s’ouvre à VoixVoie De Femme. Alain Damien Yapo  invite à un élan de solidarité autour d’un milliers d’enfants victimes de ces cancers par an.  

Nous sommes dans le mois de septembre, un mois dédié à la lutte contre le cancer de l’enfant. Quel est l’état des lieux en Côte d’Ivoire ?

Le pays dispose d’un programme de lutte contre le cancer en général, mais il n’a pas de registre de cancer concernant les enfants. Certains pays ont intégré le diagnostic précoce. Il s’agit du Ghana, du Maroc et du Zimbabwe. La Côte d’Ivoire fait partir des 18 pays qui ont un programme de lutte contre les cancers en Afrique. Mais, elle ne fait pas parmi des 7 pays dont l’Algérie, le Burkina Faso, le Ghana, le Madagascar, la Mauritanie, le Maroc et le Zimbabwe, qui ont intégré les cancers de l’enfant dans leur système.

Il n’y a pas de programme particulier pour les enfants. Nous nous basons particulièrement sur les enfants qui viennent déjà malades. Sur ce, il y a environ 800 à 900 nouveaux cas d’enfants atteints du cancer chaque année. En tant que président d’ONG je peux affirmer qu’il y en a plus, puisque nous recevons des appels qui indiquent pas mal de cas dans plusieurs endroits. Parfois ces coups de fil signalent des enfants rejetés à cause d’une tumeur, des enfants qui ne peuvent accéder à certains soins parce qu’il n’y a pas de centre de santé proche… pour nous il y en a plus.

Quelles actions votre ONG, spécialisée dans la lutte contre ces cancers fait concrètement contre ce fléau en Côte d’Ivoire ?

Nous faisons plus de sensibilisation dans ce mois. Il faut tenir des ateliers, mais à cause de la Covid-19, on n’a pas pu dérouler le programme comme il fallait. On a retenu trois grandes activités. La première c’est la sensibilisation qui a commencé dès le 1er sur les réseaux sociaux. Nous parlons du diagnostic précoce, des structures d’accueils… On fait la sensibilisation via les médias aussi.

La deuxième, ce sont les visites aux deux structures qui s’occupent des cancers de l’enfant, le service d’oncologie au chu de Treichville, et le service d’oncologie de l’Hôpital mère-enfant de Bingerville prévue pour le 19 septembre. 

La troisième et dernière qui est le programme phare de notre évènement, c’est la journée sportive de lutte contre les cancers de l’enfant. Il se tiendra le samedi 26 septembre. Le rassemblement est de 6 heures à 7heures devant la RTI. On fera un parcours de la RTI avant de revenir sur le terrain de la télévision nationale pour un fitness. Il y aura 20 minutes de sensibilisation sur le cancer, un mini tournoi entre 4 équipes l’ONG Aline, la RTI, la presse sportive et le groupement des sapeurs-pompiers militaire. La marche de sensibilisation concerne tout le monde. Le thème : « Je m’engage contre le cancer de l’enfant ». C’est la première édition et il y en aura d’autres. La participation est gratuite, mais ceux qui veulent nous soutenir peuvent le faire.

Vous avez évoqué l’absence de programme spécifique en Côte d’Ivoire. Faites-vous des plaidoyers dans ce sens ?

Nous faisons des plaidoyers, des sensibilisations afin d’amener l’état à savoir qu’en réalité, ces enfants ont besoin de prise en charge. Mais, il faut aussi le dire, le programme chargé de lutte contre le cancer est avancé sur la question. Nous dépendons dudit programme qui est la grande cellule qui rassemble toutes les ONG de lutte contre le cancer. Ce programme fait aussi les plaidoyers, mais nous sommes plus au contact de la population donc nous remontons l’information. Nous sommes quand même entendus. L’an dernier, j’ai vu un article où l’état avait annoncé la construction d’un centre de santé pour les enfants malades du cancer à Bassam. Ca va se faire.

Quelles sont ces cancers auxquels les enfants sont beaucoup plus exposés dans notre pays ?

En Côte d’Ivoire on retrouve tous types de cancers, mais ceux qui reviennent souvent, sont le lymphome de burkitt, la leucémie, le neuroblastome, et le rétinoblastome.

Le lymphome de burkitt est un cancer de sang qui attaque le système lymphatique mais qui est provoqué par un virus qu’on appelle epstein-barr. C’est le cancer le plus connu en Afrique. Il peut faire 60% des cas de cancers en Afrique. Il se manifeste lorsque l’enfant à des cellules déjà fragilisées par le paludisme. Dans une zone paludique, vous allez retrouver la manifestation de ce virus aussi facilement. Il est la cause de ce cancer. C’est un chirurgien anglais qui l’a découvert. En partance pour le Rwanda, il avait constaté que des enfants de 4 à 8 ans manifestaient la même tumeur. Ces recherches ont révélé ce virus à l’origine.

La leucémie, le cancer du sang se développe beaucoup plus en Côte d’Ivoire également. C’est le cancer le plus méchant. Il y a un élément qu’on trouve dans le pétrole et le gaz qu’on appelle le benzène qui est à la base de ce type de cancer. On retrouve ce cancer ici en grande quantité, il fait beaucoup ravage. Or nos structures ne sont pas adaptées à traiter cela. Le neuroblastome est le cancer du rein, et le rétinoblastome est un cancer de l’œil.

Y a-t-il des dispositions pour protéger les enfants ?

Déjà il faut savoir que le lymphome de burkitt se retrouve aussi dans la salive. Nos parents ont tendance à vouloir embrasser les enfants ou marcher la nourriture pour remettre à l’enfant. Il faut éviter ces pratiques. Il faut aussi privilégier la nourriture bio, cela permettra de nous épargner de la leucémie qui était beaucoup retrouvé en Europe autrefois. Il faut arrêter tout ce qui est produit chimique. Le plus important c’est la santé environnementale. Si elle est menacée le cancer va faire énormément faire des ravages. Il y aura beaucoup d’enfants atteints de cancer dans les années futures. Il faut prendre nos dispositions maintenant. Le cancer est déjà en train de faire le ravage. En Afrique lorsqu’on détecte la maladie, nous sommes déjà à la phase avancée. Pourtant, il faut permettre aux centres de santé d’être proche de la population. Dans chaque village, il doit avoir un centre de santé. Il faut sensibiliser la population à aller à l’hôpital. Il faut former les médecins à la consultation. Il faut consulter tôt.

Quelles est la tranche d’âge la plus touchée ?

La particularité des cancers de l’enfant commence à moins de 4 ans. Les parents peuvent ne pas savoir que l’enfant manifeste un cancer et après le pire arrive. La première disposition, c’est de pousser les analyses quand l’enfant est malade, de toujours se référer à un médecin. Il y a certaines choses qu’on peut éviter.

Comment se fait la prise en charge chez vous à Aline ?

L’ONG Aline est née deux années après le décès de ma petite sœur en 2015. Elle avait à 25 ans, un cancer du côlon. J’ai porté mon regard sur les enfants parce qu’elle n’en a pas eu. Pendant son traitement, j’ai vu un enfant souffrir du cancer. Ce qui m’a vraiment choqué. Et depuis le 27 janvier 2017, avec la naissance de Aline, nous nous attelons à soutenir la lutte contre les cancers.

Nous procédons d’abord par l’enquête sociale. Ceux qui sont vraiment dans l’incapacité de soigner leurs enfants, nous leur apportons de l’aide. Pour certains enfants, c’est une prise en charge totale, mais pour d’autres c’est une aide. L’enquête ne dure pas en réalité. Elle peut faire deux à trois jours en fonction de la disponibilité des parents à nous recevoir. Nous avons une équipe de sociologue qui va chez les parents et réalise l’enquête sociale. Après, il y a ceux qui sont déjà en difficulté dans ces cas nous dégageons des fonds d’aide. Mais la majeure partie du temps on fait des appels de fond pour les soutenir davantage.

Est-il possible de guérir totalement ?

L’ONG a déjà pris en charge plus de 25 enfants. 15 sont en rémission dont 5 sont retournés à l’école, 10 sont décédés. Au-delà, nous avons apporté de l’aide à plus de 50 à 100 enfants. Il y a quand même de bonnes nouvelles malgré les maigres moyens. Il y plusieurs qui décèdent, mais il y a de l’espoir. J’ai vu plus de 200 à 300 enfants mourir au cours de ces 3 années. Et certains qui vont sans revenir parce qu’ils non plus d’argent pour le traitement… Le cancer est un gros tueur. C’est un tueur méconnu.

Quelles sont vos attentes pour une meilleure prise en charge des enfants malades de cancer ?

Nous avons besoin de tout le monde dans cette lutte. Sans moyens, on ne peut aider. La demande est forte. En moyenne la prise en charge du jour peut aller jusqu’à 500 000 FCFA. Cela prend en compte les examens et analyses sans oublier les chimio. C’est beaucoup de dépenses. Il faut vraiment que l’Etat s’occupe des enfants. Il faut une subvention dans l’achat des médicaments et dans le traitement. Le protocole pour le traitement est beaucoup lourd, long et couteux. Le traitement le plus court que j’ai vu à durer un an. Que l’état, les entreprises, les sociétés s’impliquent véritablement.

Réalisée par Marina Kouakou

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